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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 09:42

 

Chroniques 

 

Souvenirs d'un PER (2ème partie).

 

 

5. Livraison "T6 post". Début décembre 1958.

 

Thiersville, ancienne test de l'Aéronavale, située à une trentaine de kilomètres au sud-est de Mascara, occupait un vaste terrain parsemé d'épineux, à 2 km environ du village. C'était l'ancienne réserve de chasse de l'Amiral commandant l'Aéronavale en Oranie. Nullement dérangés, sauf par le décollage bruyant des T6, perdrix, lièvres et lapins abondaient.

Depuis l'occupation du terrain par les aviateurs, une équipe de mécanos, amateurs de gibier, prélevait régulièrement quelques pièces afin d'améliorée l'ordinaire du mess des sous-officiers. Le lieutenant Peyssonnel, bienveillant, laissait faire car il était parfois invité à partager leur repas et en retour, il expédiait à l'occasion, un gibier à ses connaissances d'Oran.

C’est ainsi qu'un Jour, Louis fut chargé d'une "mission de confiance" : remettre en main propre, au Commandant Abadie, chef du GALA * n°2, un magnifique lapin de garenne, tué la veille sur le terrain, par les "chasseurs de la 14/72". Nanti d'un numéro de mission, un T6 de l'escadrille, pilote par le sergent Baudon, décolla donc de Thiersville, en début d'après-midi, à destination d’Oran. Le Caporal-chef Cocherel prit, à cette occasion sa première "leçon de pilotage". Il conservait quelques regrets car il avait été recalé, en février 1957, au concours de recrutement des P.E.R., avant son incorporation dans l’armée de l’air.

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Après le décollage, le pilote lui indiqua un cap à suivre, d'après le soleil et le laissa "maître à bord", après Dieu. Mettant à profit les rudiments du pilotage, qu'il pensait maîtriser, il s'efforça donc de maintenir l'avion en ligne de vol sans se préoccuper de l'extérieur. Au bout d'un moment, le sergent Baudon, moqueur, lui demanda si c'était bien à Oran qu'ils se rendaient, car le soleil avait changé de place par rapport à la position de l'avion. Devant ses "difficultés de navigation", il dut alors effectuer un virage de 180° pour reprendre le cap initial. Ensuite, le trajet jusqu'à Oran, la livraison "opérationnelle" du gibier, et le retour vers Thiersville furent effectués sans aucun problème.

Mission accomplie Le colis avait été livré en bon état et dans les temps.

Mais à partir de ce moment-là, Louis se dit qu’il n'était vraisemblablement pas fait pour exercer la spécialité de pilote, même élémentaire, et de réserve par surcroit, confirmant ainsi ses difficultés en matière de navigation, qui avaient motivées son échec lors des tests passés à Versailles.

 

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6. Q.G.O* sur Thiersville. 1958.

 

Deux T6, pilotés par le lieutenant Dujour et le sergent Dupont, ont décollé aux aurores, sur alerte. Peu de temps après, une tempête de vent se lève avec une force et une rapidité incroyable.

Alors que j’effectuais un complément de pleins sur un avion, celui-ci s'est mis à pivoter sur lui-même et je n'ai eu que te temps de sauter à bord pour attacher les commandes à l'aide des harnais et bloquer le frein de parking. Les camarades sont arrivés rapidement à la rescousse, et nous avons dû arrimer solidement tous les appareils, à t'aide de cordes fixées aux grilles métalliques qui constituaient le sol du parking Pendant ce temps, les 2 T6, mission terminée, regagnent le terrain et signalent de très fortes turbulences, en l'air. Devant la force du vent qui soufflait alors en rafales, et son orientation plein travers, les services du secours incendie et l'ambulance se mettent en place, sur l’ordre du contrôleur, à rentrée de piste et se tiennent prêts à intervenir, moteurs tournant.

La présentation à l’atterrissage s'est révélée très délicate et après 3 ou 4 remises des gaz, les 2 pilotes ont quand même réussi à poser, dans des positions acrobatiques, leur avion, sans casse, au grand soulagement de toute la base qui suivait l'opération de loin. Arrêtés face au vent les 2 avions n'ont pas pu regagner le parking par leurs propres moyens et nous avons dû aller tes remorquer avec le 4x4, Nom nous sommes installés à plusieurs sur le plan fixe horizontal à l’arrière de l'avion, ainsi que sur tes ailes, pour le voyage vers le parking.

Les turbulences étalent telles que le Lieutenant Dujour avait vomi dans son avion et nous avons dû tout nettoyer... Galère !!!  Suite à cet incident le terrain a été déclaré en Q G O*.

Le lieutenant Peyssonnel à aussitôt suivi les recommandations de la météo et a organisé en urgence un "arrosage général spécial" au bar de l'escadrille. Certains en ont profité pour se mettre en Q.G.O. pour toute la Journée, "arrosant" copieusement cène occasion.

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7. RAISIN "autorité".

 

Le commandant Bordes dirigeait le PCA* de Saida. Il appréciait tous les pilotes qui le contactaient dès leur décodage de Thiersville, au seul énoncé de leur indicatif radio. Il coordonnait ainsi, avec compétence et clairvoyance, le déroulement de chaque mission, depuis le sol. Il avait aussi à sa disposition un hélicoptère "Alouette" qu'il utilisait pour les évacuations sanitaires et comme "Poste de commandement volant" durant les opérations engageant des moyens aériens importants. Bref, c'était un officier de "terrain", comme il en existait beaucoup en Algérie.

Un jour. Pineau qui rentrait sur Thiersville, après une R A.V en Rancio, aperçoit un individu qui sortait tranquillement, à pied, de la zone interdite. Trouvant la situation bizarre, il en informe le P.C.A. par radio et l'officier lui donne l'autorisation d'effectuer un tir de semonce. Il s'exécute donc sans tarder et il voit alors l'individu courir se réfugier vers un troupeau de moutons qui broutaient plus loin. A ce moment il constate que le berger accueille le fuyard à coups de pierres. Trouvant la situation plus que louche, il signale par radio, le fait au P.C.A.

L’officier lui donne alors Tordre d'abattre le suspect et de surveiller en attendant qu'il arrive par hélicoptère le plus rapidement possible. Il opère donc un nouveau tir et il réussît à abattre l’homme le berger et son troupeau s'éloignent rapidement du lieu, tandis que l’hélicoptère arrive, survole a scène, demande à Pineau d'assurer sa protection et se pose à proximité du mort. L’officier, une MAT 49 à la ceinture, s'approche, retourne le cadavre du pied pour s'assurer de son état et le fouille. II découvre alors une grosse sacoche que l'homme dissimulait sous sa djellaba. Il regagne ensuite l'hélicoptère, ficelle le cadavre à l'un des patins de l’engin et redécolle vers Saïda en informant Romarin 45 qu'il "avait eu du nez", car le "fell" avait sur lui une très importante somme d'argent et une collection de cartes d’identités vierges, dérobées à la sous-préfecture de Saïda.

Mission terminée, merci. Vous pouvez rentrer… "Gonflé" tout de même, le Commandant.

 

 

* QGO : Code Q. Ancien code radio signifiant que le terrain était inaccessible.

 

* P.C.A : Poste de Commandement avancé.

 

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Published by Avions de la Guerre d'Algérie - dans Temoignage
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  • Avions de la Guerre d'Algérie
  • Déjà ancien dans l'histoire de l'Aviation, j'ai écrit de nombreux article dans diverses revues depuis 1968 et publié trois livres, un sur les autogires, un sur le Loire 45/46 et un sur le Bloch 174 ces deux derniers livres sont épuisés).
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